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Le passage des Princes (1860/1992-95)

Rue de Richelieu

passage mirès

Le passage Mirès, devenu passage des Princes

Le passage des Princes fut le dernier passage couvert édifié à Paris, sous le Second Empire. Le baron Haussmann, père du Paris moderne, en autorisa l’ouverture par décret, en 1860. Qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Il fut entièrement détruit en 1985, lors d’une opération immobilière, et reconstruit, entre 1992 et 1995, selon un tracé modifié, avec des éléments d’origine. La reconstitution du passage des Princes a malheureusement détruit le cachet qui caractérise la plupart des passages couverts encore préservés.

passage princes 2

Le passage Mirès, conduisant d ela rue de Richelieu au boulevard des Italiens

Le passage des Princes porta d’abord le nom de son créateur : Jules Mirès. Homme de presse, co-fondateur, avec Moïse Millaud, du Petit Journal, banquier et financier inventif, Jules Mirès était un touche-à-tout : il avait fondé, en 1853, la Caisse générale des chemins de fer et multiplié les investissements dans les mines de charbon et la Société des ports de Marseille. L’homme d’affaires fit, en 1859, l’acquisition de l’Hôtel des princes, palace renommé de la rue de Richelieu, et se porta acquéreur de plusieurs portions d’immeubles voisins dans le but d’aménager un passage couvert à son nom.

 plan paris

Eugène Andriveau-Goujon (1832-1897), Plan d’ensemble des travaux de Paris (…) indiquant les voies exécutées et projetées de 1851 à 1868, BNF, Cartes et plans

Sur la rue de Richelieu, l’entrée du passage Mirès donnait accès à une galerie rectiligne, qui bifurquait légèrement vers le boulevard des Italiens. La proximité des Grands boulevards, où se pressait le Tout-Paris, constituait un avantage considérable. C’était bien sûr un emplacement de choix pour les établissements et les commerces ciblant une clientèle de qualité.

restaurant passage des princes

La grande salle mauresque

Dans l’Hôtel des Princes, qui n’avait pas été entièrement démoli, le restaurateur Pierre Fraysse créa un luxueux restaurant. Dénommé par anglomanie « Peter’s » (« Chez Pierre »), l’établissement connut une vogue immense et devint le haut lieu des plaisirs parisiens. La grande salle mauresque de l’ancien palace de la rue de Richelieu, transformée en salle à manger, contribua, autant que la cuisine et les extravagances de M. Fraysse, à la réputation des lieux.

En 1864, le Peter’s accueillit un grand banquet organisé par Le Figaro, réunissant la fine fleur journalistique et littéraire. La grande salle à manger suscita, à cette occasion, l’émerveillement d’Alphonse Duchesne : « les colonnes, la voûte, les arceaux, les murailles, tout est blanc. Quand elle faisait partie de l’hôtel des Princes, on l’appelait avec raison la salle de l’Alhambra. L’aspect féérique qu’elle présentait ce soir-là aurait fort réjoui l’ombre du dernier Abencerrage [tribu maure, en allusion à une nouvelle de Chateaubriand] si M. de Chateaubriand lui eût permis de quitter un moment les Champs-Élysées. » (A. Duchesne, « Le souper du Figaro », Le Figaro, 11 février 1864, p. 2).

Le restaurant du passage des Princes, devenu le Noël Peter’s, s’imposa comme l’une des meilleures tables de Paris. Pierre Fraysse se retira pourtant de l’affaire, que son associé Noël dirigea jusqu’à sa mort, en 1881. L’établissement passa, en 1913, entre les mains d’Octave Vaudable, qui le dota de nouveaux décors en 1928. Il s’en sépara en 1932, pour reprendre l’un des restaurant les plus renommés de la capitale : Maxim’s.          

passage des princes 1

Peu de temps après l’ouverture du passage des Princes, les affaires de Mirès périclitèrent et l’homme dut affronter un procès retentissant pour faux et escroquerie. Ce scandale financier, qui donna l’idée d’un roman à Emile Zola (L’Argent, 1891), entraîna la chute de Jules Mirès. Le passage fut vendu et débaptisé : il devint « passage de Mozas », en clin d’œil à la prison où Mirès fut incarcéré, avant de prendre le nom de « passage des Princes ».

Dès 1866, la Compagnie d’assurances générales sur la vie, devenue depuis les AGF, est propriétaire du passage des Princes, comme le rappelle l’enseigne placée au-dessus d’une porte, au fond de la galerie principale, du côté du boulevard des Italiens. Cette enseigne est décorée d’une guirlande suspendue aux boucles de deux crossettes « pseudo-rocaille », de part et d’autre d’une horloge au cadran largement mouluré.

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A quoi ressemble l’actuel passage des Princes ? Un pastiche, une copie modernisée, sans âme, qui est aujourd’hui une galerie marchande consacrée exclusivement à une grande enseigne de jouets. La galerie principale est couverte d’une verrière à deux pentes rythmée à chaque travée par un double arceau métallique décoré d’arabesques. Constituée d’un verre transparent (et non translucide), l’actuel passage des Princes a l’allure d’une serre, bien éloigné de l’écrin préservé de l’environnement urbain.

carrelage passage des princes

Le carrelage du passage des Princes, bordé d’une frise de grecques, regroupe de petits carreaux noirs et blancs, séparés par des carreaux de couleur ornés d’une fleur stylisée. Ce dispositif rappelle le damier employé au XIXe siècle, tel qu’on peut le voir sur les gravures, sans s’y conformer exactement. Quant aux lustres et aux bras de lumière à globe lumineux, ils copient exactement les modèles originaux, mais paraissent démesurés et d’une facture assez grossière.

 

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Une coupole en verre coloré, datée des années 1930, réinstallée au-dessus de la galerie débouchant sur le boulevard des Italiens, témoigne d’aménagements plus tardifs, miraculeusement préservés. Cette coupole est décorée de motifs géométriques rayonnant et d’une bordure ornée de buissons de roses. Le tambour de la coupole est également percé de baies vitrées à motifs de corbeilles chargées de fleurs.

 

cour passage près princes

La cour intérieure située au nord-est du passage des Princes, en partie entourée d’immeubles modernes, communique avec les deux galeries et offre la possibilité de ressortir directement par la rue de Richelieu, en empruntant l’un des passages cochers.

Le passage cocher qui aboutit au 99, rue de Richelieu, reconstitue l’une des entrées d’origine du passage des Princes. Il s’ouvre sur un vestibule, délimité par des colonnes doriques et coiffé d’une voûte à pénétrations, dont le prolongement est une galerie fermée. Les murs de cette galerie sont scandés de pilastres doriques ; ces pilastres supportent un entablement, sur lequel s’appuie le berceau d’une voûte à caissons.

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L’hôtel particulier de François Terray de Rozières, premier médecin de la duchesse d’Orléans

  Sur un côté de la cour, l’hôtel particulier de François Terray de Rozières, bâti en 1725, tranche avec les immeubles plus récents. Ses façades comprennent un rez-de-chaussée élevé, deux étages percés de grandes fenêtres rectangulaires à garde-corps en ferronnerie et un rang de lucarnes, au niveau des combles. L’Hôtel Terray de Rozières possède en outre un grand perron de cinq marches et de superbes mascarons.

C’est dans cet hôtel particulier de la rue de Richelieu que l’abbé Joseph-Marie Terray, contrôleur général des Finances de Louis XV, rendit son dernier soupir, en 1778.

mascaron cour passage des princes

cour passage princes

Les mascarons de l’Hôtel Terray de Rozières représentent trois têtes de satyres, posées sur de grands cartouches surmontés d’une coquille. Chaque tête est différente et porte une coiffure spécifique : épis de blé, petites branches et pommes de pin ou feuilles de vigne et grappes de raisin. Selon la tête, des épis mêlés de fleurettes, des tiges de vigne vierge ou des branches de chêne chargées de glands débordent des cartouches et rayonnent autour du mascaron.  

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