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La passage des Panoramas (1800-1929)

Boulevard Montmartre

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Jean-Baptiste Lallemand

Vue de l’Hôtel de Montmorency et du pavillon chinois, seconde moitié du XVIIIe siècle, gouache, BNF, Estampes, collection Destailleur

L’Hôtel de Montmorency-Luxembourg se dressait à l’emplacement du passage des Panoramas ; son jardin s’étendait jusqu’au « Nouveau cours », qui servit au tracé des Grands Boulevards à la fin du XVIIIe siècle. C’est en 1705 que l’architecte Lassurance avait édifié cet hôtel particulier pour Thomas Rivié de Riquebourg. Celui-ci vendit rapidement la propriété à Nicolas Desmarets de Maillebois, contrôleur général des Finances. Charles II Frédéric de Montmorency-Luxembourg (1702-1764) en fit l’acquisition en 1723. Il fit aménager des appartements neufs et sollicita les peintres Noël Hallé et Charles Natoire pour le décor intérieur. Protecteur fidèle de Jean-Jacques Rousseau, il reçut souvent le philosophe dans sa belle demeure en lisière de Paris.  

  Les biens du duc de Piney-Luxembourg passèrent à sa fille Charlotte-Françoise, qui épousa, en 1767, Anne-Léon de Montmorency-Fosseux (1731-1799). Le jeune couple ducal souhaita, bien sûr, embellir la résidence à sa convenance : il chargea Pierre Rousseau de bâtir, vers 1770, un kiosque en treillage dans le goût chinois pour le jardin régulier et confia, un peu plus tard, à l’architecte Firmin Perlin le soin de transformer la façade sur cour. En 1782, le duc de Montmorency fit percer, de ce côté, une rue nouvelle (l’actuelle rue « des Panoramas »), en forme d’allée menant au porche d’entrée de son hôtel particulier, rue Saint-Marc.

boulevard montmartre carnavalet

Peintre anonyme

Le Théâtre des Variétés et le passage des Panoramas, vers 1820, Paris, musée Carnavalet

En 1800, l’armateur anglais James William Thayer (1763-1835) acheta une partie de l’hôtel de Montmorency-Luxembourg, que l’Etat avait confisqué comme « bien national », dans l’intention d’ériger, en bordure du boulevard Montmartre, deux théâtres d’illusion ou « panoramas », desservis par un passage couvert bordé de boutiques.

Depuis 1797, Thayer détenait le brevet d’exploitation des panoramas, en France. Pour récupérer sa mise, il fit édifier deux rotondes gigantesques, desservies par un passage couvert, qui devait assurer la liaison directe entre l’ancien quartier du Palais-Royal et les nouveaux quartiers du boulevard. Bien avant les galeries de la rue des Petits-Champs, le passage des Panoramas constitua l’un des premiers passages commerciaux d’Europe.

 Dans les deux rotondes du boulevard Montmartre, les spectateurs pouvaient contempler, depuis une plate-forme centrale, de vastes peintures circulaires, éclairées par une verrière zénithale, en ayant l’illusion de se trouver au cœur du paysage. L’exposition de deux premiers « tableaux sans bornes » rencontra un si vif succès qu’une troisième rotonde panoramique, plus petite, fut construite, en 1805, à l’intérieur du passage.

L’ouverture du passage des Panoramas n’entraîna pas la démolition de l’hôtel particulier des Montmorency, qui constituait un placement prometteur. Sa galerie emprunta, tout au plus, le rez-de-chaussée de l’aile orientale, « simplement » transpercé, alors que ses boutiques occupèrent une partie du jardin et de la cour. Il comprenait alors une galerie unique, dotée d’une toiture en bois à double pente, ajourée à espaces réguliers de lanterneaux vitrés.

 L’attrait du passage des Panoramas s’accrut en 1807, après l’inauguration du théâtre des Variétés, que Mademoiselle Montansier fit bâtir sur une parcelle voisine. L’affluence des Parisiens exigea toutefois de moderniser les lieux et d’améliorer le confort des usagers. En 1816-17, le passage des Panoramas fut ainsi doté d’un éclairage au gaz, propice à l’installation des boutiques et au lèche-vitrine.

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Vue du boulevard Montmartre, 1830, dessin, BNF, Estampes, collection Destailleur

 La vogue des panoramas déclina toutefois à partir de 1821 et les théâtres d’illusion de Thayer commencèrent à lasser le public parisien. En 1830, le prolongement de la rue Vivienne jusqu’au boulevard servit de prétexte à la démolition de l’une des rotondes panoramiques, qui mordait sur la nouvelle voie. La seconde rotonde fut abattue en 1831.

 Les transformations du quartier ne manquèrent pas d’affecter l’Hôtel de Montmorency-Luxembourg. Située sur l’emprise du prolongement de la rue Vivienne, son aile occidentale fut largement amputée, mais dotée d’une nouvelle façade à hautes fenêtres et frontons. Chargé des travaux, l’architecte Jean-Louis Grisard préserva les salles d’apparat du premier étage et leur volume original. Dans ces deux salles, le duc Ferdinand-Philippe d’Orléans, fils aîné du roi des Français, aurait tenu son cercle particulier.  

 Malgré ces bouleversements importants, le passage des Panoramas subsistait, mais il était question de le réaménager et de l’étendre considérablement. En 1834, Grisard conçut un entrelacs de galeries transversales et parallèles, depuis les rues Saint-Marc, Vivienne et Montmartre, destinées essentiellement à servir de dessertes aux immeubles nouvellement construits. C’est lors de ces transformations que l’actuelle verrière à double pente remplaça le toit en bois à lanterneaux vitrés. En plus des quatre galeries adjointes au passage principal, Grisard aménagea, à l’angle de la rue Vivienne, le petit passage de la Bourse, qui effectuait un crochet vers la galerie Feydeau et le passage des Panoramas, à partir de la rue Saint-Marc.

Rue Saint-Marc

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Eugène Atget (1857-1927)

Passage des Panoramas. 10 rue Saint-Marc, 1907, photographie, BNF, Estampes et photographies

 Jean-Louis Grisard composa habilement avec l’architecture du XVIIIe siècle, qu’il s’efforça de maintenir et d’insérer dans de nouvelles constructions. Le porche d’entrée de l’ancien hôtel particulier signala ainsi la galerie Feydeau et servit d’entrée principale au passage des Panoramas. De la même manière, une partie de la façade sur rue fut maintenue au-dessus du passage de la Bourse.

En 1929, Henri Sauvage adopta un parti radicalement opposé : il détruisit les façades de la rue Saint-Marc, la partie méridionale du passage des Panoramas et de ses galeries adjacentes, ainsi que le petit passage de la Bourse pour édifier un vaste immeuble de bureaux, d’une laideur effroyable.

  galerie feydeau vers passage panoramas

La galerie Montmartre

 Dépouillée de son porche classique, la galerie Feydeau possède désormais une entrée qui s’apparente à un local à poubelles. Parallèle au passage des Panoramas, elle rejoint la galerie Montmartre, décorée à ce croisement d’une peinture murale très colorée, réalisée en 2011, qui célèbre les monuments emblématiques de la capitale.

La galerie Feydeau ne doit pas être confondue avec le passage Feydeau, constitué, en 1790, entre le coin de la rue des Filles-Saint-Thomas et la rue Feydeau, peu après l’ouverture des galeries du Palais-Royal. Cet étroit passage couvert fut, contrairement à la galerie du même nom, démoli en 1824.

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Le croisement des galeries Feydeau et des Variétés

La galerie Feydeau rallie, quelques mètres plus loin, la galerie des Variétés, qui a échappé aux destructions ravageuses de l’architecte Sauvage.

Rue Vivienne

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La galerie des Variétés, vue depuis la rue Vivienne

 Perpendiculaire au passage des Panoramas, la galerie des Variétés est accessible par la rue Vivienne. Elle reçoit la galerie Saint-Marc, puis se termine en cul-de-sac, derrière le théâtre des Variétés. C’est dans cette galerie que le graveur Moïse Stern loua, en 1849, plusieurs petites boutiques, réserves et appartements pour en faire son logement et son atelier de gravure.

Stern quitta le passage des Panoramas, en 2008, pour s’installer dans la rue du Faubourg-Saint-Honoré. L’enseigne de la Maison Stern n’a pour autant pas quitté les lieux. Elle porte l’ex-libris au grand « S » et le lion, dont la patte repose sur un blason frappé du monogramme « MS ». Deux dates (« 1867 » et « 1889 ») rappellent les médailles d’or obtenues par la Maison Stern à l’Exposition universelle. En 2009, un arrêté a inscrit plusieurs pièces de l’ancien magasin Stern, avec leur décor d’origine, au titre des Monuments historiques.

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L’entrée des artistes du théâtre des Variétés

Dans les dernières travées de la galerie des Variétés, une porte indique l’entrée des artistes et de l’administration du théâtre des Variétés.

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Marie Bashkirtseff (1858-1884)

Dans l’atelier, 1881, huile sur toile, 188 x 154 cm, Dnipropetrovsk (Ukraine), State Art Museum

 C’est dans un local de la galerie Montmartre que le peintre Rodolphe Julian (1839-1907) créa, en 1868, une académie privée de peinture et de sculpture : l’académie Julian. Ce premier atelier était mixte, fréquenté par des artistes américaines et anglaises, que l’opportunité d’étudier le nu d’après le modèle vivant avait séduites. Vers 1775, Julian créa un second atelier, rue Vivienne, qu’il réserva exclusivement aux femmes, afin d’inciter les Françaises à s’inscrire aux cours.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les femmes pouvaient, bien entendu, pratiquer la peinture en amateur, mais les milieux professionnels leur étaient encore interdits. Elles devront attendre l’année 1897 pour être admises à l’Académie des Beaux-Arts et ne pourront pas tenter le Prix de Rome avant 1903. L’Académie Julian quitta probablement la galerie Montmartre lors des travaux engagés par Sauvage, en 1929.

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L’entrée du boulevard Montmartre

L’entrée principale du passage des Panoramas se situe exclusivement sur le boulevard Montmartre. Son aspect ne correspond plus à la porte voûtée en plein cintre, flanquée de piliers à chapiteau corinthien et surmontée d’une large pancarte indicative, décrite par les peintres, dessinateurs et graveurs du début du XIXe siècle.

Plus large et plus haute en apparence, elle s’insère désormais dans un immeuble plus tardif, probablement bâti en 1850. Fermée d’une grille à « pointes de lance », elle est encadrée de piliers plus simplement décorés, qui supportent un entablement à denticules et modillons, couronné d’un balcon filant. La frise de l’entablement porte l’inscription « PASSAGE DES PANORAMAS ».   

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La galerie du passage des Panoramas

Le passage des Panoramas se distingue par un foisonnement d’enseignes signalant les multiples restaurants, dont les terrasses débordent parfois dans la galerie, et les boutiques en tous genres. Il s’élève sur deux niveaux : un grand rez-de-chaussée et un étage en attique. Des bras à globe lumineux renforcent l’éclairage naturel de la toiture en verre, dotée de lanterneaux d’aération.

Le sol possède une particularité unique : un dallage plusieurs fois interrompu, qui évoque peut-être différentes époques et d’anciens commerces aujourd’hui disparus. De grosses pierres granitiques ou beiges et des carreaux en grès à motifs géométriques ou ornés d’un dessin plus élaboré composent ce curieux patchwork.   

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