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La galerie Vivienne (1823-1826)

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ci-contre :

Les plans de la galerie Vivienne (indiqué en vert)

et de la galerie Colbert (indiqué en blanc)

 

 

 

 

Rue des Petits-Champs

 Apparus à la fin du XVIIIe siècle et en vogue jusqu’au milieu du XIXe siècle, les passages couverts présentaient l’avantage d’abriter la clientèle aisée des intempéries, tout en proposant un ensemble de commerces variés. A la fois pratiques et confortables, les passages couverts constituaient en outre une promenade agréable, à l’écart des rues inégalement pavées, sans trottoirs ni égouts. La bourgeoisie fréquentait également ces lieux à des fins de représentation sociale. 

Le succès des passages couverts était bien sûr lié à de nouveaux modes de consommation et de divertissement. Salles de spectacle, cafés et restaurants s’établirent non loin de ces galeries marchandes ; ils s’y ménageaient parfois une place de choix, multipliant ainsi les plaisirs.

Dans la seconde moitié du XIXe siècle, les travaux entrepris par le baron Haussmann, notamment le percement des grandes avenues, causèrent la mutilation de nombreux passages couverts. La concurrence des Grands magasins contribua également à leur lent déclin. 

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La grande galerie, du côté de la rue des Petits-Champs

Située entre le Palais-Royal, la Bourse et les grands boulevards, la galerie Vivienne est un passage couvert dont le succès fut considérable jusqu’au Second Empire. Elle fut édifiée à l’initiative du président de la Chambre des Notaires, maître Louis-Auguste Marchoux (mort en 1854), qui acheta hôtels et immeubles dans le but d’aménager une galerie à vocation marchande. Provisoirement nommée « Marchoux », la galerie Vivienne établissait idéalement une liaison avec les galeries du Palais-Royal, alors fort appréciées et très fréquentées.   

Comme d’autres, ce projet de galerie était purement spéculatif, puisque son propriétaire avait prévu de louer les locaux aux boutiquiers et les logements aménagés des étages aux particuliers. Signe de modernité, la galerie Vivienne fut bâtie avec les fruits de l’ère industrielle : le fer et le verre ; ses boutiques proposaient d’ailleurs de premiers produits manufacturés.

Lauréat du Grand prix de Rome en 1778, l’architecte François-Jean Delannoy imagina une grande galerie couverte, accessible depuis la rue des Petits-Champs, et deux galeries perpendiculaires, dont l’une possédait une entrée ouverte sur la rue Vivienne et l’autre débouchait sur le passage des Petits-Pères.

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La grande salle

Entre deux passages plus resserrés, l’enfilade de la grande galerie comprend d’abord une vaste salle rectangulaire, couverte d’une verrière dotée d’un lanterneau d’aération, qui est aujourd’hui aménagée en terrasses de café.

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Deux vues opposées de la rotonde : l’une vers l’intérieur de la galerie, l’autre vers la rue des Petits-Champs

Un étroit couloir mène ensuite à une une rotonde, coiffée d’une coupole vitrée, qui servait autrefois d’écrin à une statue monumentale de Mercure, dieu du Commerce, posée sur un haut piédestal (voir le dessin anonyme, reproduit ci-dessous, où la figure de Mercure apparaît, au fond de la galerie).

La galerie Vivienne se caractérise par une architecture de style pompéien néo-classique, dont le décor se développe essentiellement au-dessus d’une corniche finement moulurée. Il comprend de nombreuses figures de déesses et de nymphes drapées à l’antique, disposées dans l’encoignure des baies : les unes offrent des couronnes de laurier ; les autres portent des gerbes de blé ou des palmes (symboles de la réussite).

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La grande galerie est baignée d’une lumière naturelle, adoucie par l’emploi de verrières translucides. Elle comprend un rez-de-chaussée bordé de grandes arcades, qu’une corniche à denticules sépare d’un étage percé de fenêtres carrées. Les huisseries des boutiques s’encastrent parfaitement dans la maçonnerie des grandes arcades.

L’arc mouluré des grandes arcades s’appuie sur de hauts pilastres doriques, discrètement ornés de palmettes, de feuilles d’acanthe et de fleurettes. Entre les demi-lunes des boutiques, le décor est plus élaboré : il associe la corne d’abondance, symbole de richesse et de prospérité, à l’ancre et au caducée de Mercure, qui évoquent le dieu du commerce.

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Détail du décor de la galerie débouchant sur la rue de la Banque

En d’autres endroits, le motif de la ruche environnée d’abeilles, inscrit dans un médaillon, lui-même ceint d’une guirlande végétale, nouée par un ruban, symbolise l’activité économique incessante.

 

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Vue de la grande galerie, sous l’arc assurant la liaison avec la galerie perpendiculaire donnant accès à la rue Vivienne

Des arceaux à structure métallique, recouverts d’un coffrage en bois et en plâtre, séparent les différents modules de la verrière à double pente de la grande galerie.

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Chaque arceau repose sur une voûte à caissons, ornée de rosaces, et comprend en sommet une couronne végétale (feuilles et fruits de platane ?), nouée par un ruban.

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La grande galerie aboutit à une vaste salle d’angle rectangulaire, plus basse de quelques marches, ouverte par un arc doté d’une belle voûte à caissons. Celle-ci surplombe une horloge présentée par deux génies sur un fond de rinceaux, dont le cadran porte la date « 1795 », antérieure d’une trentaine d’années à la construction de la galerie.

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Ce passage remarquable mène à une vaste salle d’angle reliant la grande galerie à la galerie secondaire qui débouche sur la rue Vivienne.

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Anonyme

Entrée de la galerie Vivienne, sur la rue Neuve des Petits-Champs, première moitié du XIXe siècle, dessin, Paris, BNF, Estampes (collection Destailleur)

Pour la décoration de l’entrée principale, rue des Petits-Champs, Hermance Marchoux, fille du notaire Marchoux, peintre et sculptrice, conçut quatre figures ou « cariatides », représentant peut-être les Continents. Cette entrée se situait tout proche du Palais-Royal, que les promeneurs pouvaient rejoindre en gagnant le passage des Deux-Pavillons, sur le trottoir opposé, puis la rue de Beaujolais.

La galerie Vivienne ne servit pas seulement d’écrin aux boutiques en tout genre, mais sut, au fil de son existence, attirer les organisateurs de spectacle. En 1828, alors que la vogue des panoramas battait son plein, elle accueillit un « Cosmorama » qui, par divers systèmes d’illusion sur de vastes toiles peintes, proposait une représentation mobile du mouvement des astres. A la fin du XIXe siècle, elle abrita également un théâtre, dit « Théâtre lyrique de la galerie Vivienne » qui, vers 1890, présentait des extraits de pièces à succès, avant de se reconvertir en théâtre de marionnettes.

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L’entrée de la galerie Vivienne, rue des Petits-Champs

Depuis sa création, l’aspect de la galerie Vivienne évolua sensiblement. En 1844, l’entrée principale, rue des Petits-Champs, fut reconstruite et transformée : le décor sculpté de la grande arcade fut entièrement renouvelé. Il comprend désormais deux figures féminines, à demi-couchées sur le cintre de l’arc, dominé par un grand cartouche. Vêtues d’une tunique laissant un sein découvert, ces figures tiennent des guirlandes de fruits. Une demi-lune et un large panneau fixe en ferronnerie signalent l’entrée de la galerie, au moyen d’un long cartouche.

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Quant aux cariatides d’Hermance Marchoux, elles ne furent pas détruites, mais replacées à l’intérieur de la galerie, juste derrière la façade de la rue des Petits-Champs, au sommet des murs longeant le corridor d’entrée.

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Galerie perpendiculaire à la grande galerie, vers la rue de la Banque

Cette même année 1844, la création de la rue de la Banque, selon le tracé du passage des Petits-Pères, mais prolongé jusqu’à la place de la Bourse, exigea la construction d’une nouvelle entrée.

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Dans la seconde moitié du XIXe siècle, le mosaïste Giandomenico Facchina (1826-1903) composa le dallage en terrazzo du sol. Facchina était devenu célèbre grâce au brevet d’une technique de fabrication : la pose indirecte des tesselles, assemblées et collées sur un carton dans l’atelier, puis déposées en une seule fois sur le mur ou le sol préalablement recouvert de mortier frais. Présentée avec succès à l’Exposition universelle de 1855, cette technique lui valut d’innombrables commandes, dont celle de la galerie Vivienne.

Rue Vivienne

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Léon Leymonnerye

Galerie Vivienne, rue Vivienne, n°6, 1875, dessin, Paris, musée Carnavalet

Du côté de la rue Vivienne, l’accès à la galerie était fort dépouillé, comme l’atteste le dessin de Léon Leymonnerye, daté de 1875. La grande arcade était cantonnée de pilastres à chapiteau dorique, entre lesquels prenait place l’inscription « GALERIE VIVIENNE ».

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L’entrée de la galerie, rue Vivienne

Après 1875, l’arc et les pilastres furent soigneusement moulurés, afin de former un entablement à corniche saillante. Des volutes ioniques furent ajoutées, ainsi qu’une agrafe, en forme de console, au sommet de l’arc. Deux figures féminines, pastichant plus ou moins les allégories imaginées par Hermance Marchoux pour l’entrée de la rue des Petits-Champs, furent placées sur la corniche, debout et se détachant du mur en relief.

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Vêtues d’une tunique à l’antique et coiffées d’un bonnet phrygien, elles sont tournées l’une vers l’autre : celle de gauche touche une ancre marine et brandit un masque de théâtre (évoquant peut-être les deux activités qui coexistaient à la galerie Vivienne à la fin du XIXe siècle : le commerce et le divertissement) ; l’autre serre, contre sa poitrine, une corne d’abondance (symbole de prospérité).

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Mercure, dieu du Commerce

Plus discrètement, deux médaillons, logés dans les écoinçons de l’arc, renferment, d’un côté, une balance (symbole de justice ?) et, de l’autre, deux mains jointes. L’agrafe porte en outre la petite figure d’un Mercure casqué, assis et demi-nu, une draperie recouvrant ses jambes : il tient, d’une main, le caducée, fixé sur un long bâton, et, de l’autre, la bourse, qui forment ses principaux attributs.

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